J’ai lu "Influence", de François Roustang
C'est l'intérêt que j'avais éprouvé à la lecture de La fin de la plainte (Odile Jacob 2000) qui m'a poussée à lire Influence de François Roustang.
Dans La fin de la plainte, j'ai été marquée par le chapitre II sur la manipulation thérapeutique. Un sujet prégnant de nos métiers et pourtant rarement abordé, peut-être parce que trop polémique ou même tabou. C'est pourtant cette thématique de la manipulation, de l'emprise, de l'influence et de la suggestion qui semble avoir été un des fils conducteurs dans l'œuvre de ce psychanalyste, hypnothérapeute, avec celui du transfert et du contre-transfert.
Influence est un livre composé de huit chapitres. Comme souvent avec les livres de cet auteur, il n'y a pas d’homogénéité entre les chapitres ni même de continuité. On a plutôt affaire à un rassemblement d'articles et sur les trois derniers chapitres, il m’a semblé que le thème de l’influence n’était plus vraiment central.
Il y a peu d'illustrations pratiques de sa pensée et lorsque cela se produit, on respire. C'est le cas page 40 avec l'exemple d'un mari qui finit, grâce au fin stratagème du thérapeute, par accompagner sa femme aux séances alors qu'il y était hostile au départ ; page 88 avec le cas d'un patient asthmatique ; page 137 avec une réflexion sur le gagnant d'un match de tennis. Et le magnifique passage (pages 93 à 95) où l'auteur fait un parallèle entre son propos et les écrits du peintre Henri Matisse.
Le livre fait des allers-retours entre les deux principales sources d'influences de l'auteur, l'hypnose et la psychanalyse, et nous donne à sentir (p.101) le poids de la domination de cette dernière. Il est bien vrai que nulle psychothérapie n’a développé, comme c’est le cas pour la psychanalyse, un corpus théorique dont la force s’est insinuée partout dans la culture […] ; les autres restent confinées dans leur champ propre et ne songent même pas à rivaliser avec cet impérialisme qui semble si bien établi. Elles auraient même plutôt quelque honte à vouloir se comparer avec une si grande dame.
Tout au long de l’ouvrage, François Roustang met des coups de canif à la psychanalyse, ne cherchant pas à la démentir mais réclamant un droit à la légitimité et à la reconnaissance d’autres approches thérapeutiques, notamment l’hypnose. L’opposition se situe entre deux techniques, l’une tournée vers l’interprétation, l’autre vers l’expérimentation. (p.33)
S’il n’y avait que trois chapitres à lire :
• le chapitre 1 qui va intéresser les lecteurs PGRistes et vient détailler les subtilités entre le transfert qui est essentiellement une relation, l’influence qui se perçoit essentiellement et la suggestion qui est un autre nom de la force de pression qu’un individu exerce sur un autre (p.26).
• le chapitre 2 sur la manipulation ericksonnienne dont la règle d’or est : le client a toujours raison. lui de transformer et, si cela lui plaît, de détourner à ses fins ou même de pervertir ce qui lui est proposé puisqu’en cela il exprime sa situation actuelle et son état présent (p.52).
• le chapitre 7 sur le lien vers la liberté qui prend une dimension à la fois clinique et politique en abordant le sujet de la torture et de la coopération.
C'est un ouvrage qui peut amener des pistes de réflexions et des angles différents d’approche du sujet si vous avez un article à écrire ou envie de réfléchir sur le sujet de l'influence. L’omniprésence des références psychanalytiques et le style « mental » de François Roustang rendent la lecture exigeante. J’ai souvent pu me demander ce que pouvait en retirer un gestalt-thérapeute. Aujourd'hui, nous sommes habitués à des écritures plus simples (sans être pour autant simplistes) qui cherchent à fluidifier la lecture et - ne nous voilons pas la face – à augmenter la diffusion et le lectorat. En toute honnêteté, je n'aurais pas continué à lire si je ne m'étais pas engagée à faire cette note de lecture.
Séverine Bourguignon
(1) Les Editions de Minuit, Collection « Critique », Paris, 1990

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